Juillet 2018 a marqué un temps fort pour les échanges en santé digitale entre la France et l’Afrique. Dans le cadre de l’Université d’été de la e-santé, qui se déroule chaque année à Castres, j’ai eu le plaisir de contribuer au montage d’une session Afrique. Cela faisait suite à la très riche journée de la Conférence Annuelle de l’Observatoire de la e-santé dans les Pays du Sud, organisée par la Fondation Pierre Fabre, qui rassemblait de nombreux acteurs français et africains de la santé numérique.

La santé digitale incarne une opportunité sans précédent pour tout le continent africain. L’adoption du smartphone représentait 57% des utilisateurs mobiles à travers le monde en 2017. Ce chiffre atteindra 77% en 2025, soit presque 7 milliards de personnes, et environ 90% de cette croissance viendra des pays en développement. Ainsi en 2025, 70% des téléphones portables en Afrique subsaharienne seront des smartphones (contre 34% en 2017).

La révolution des mobiles ouvre un champ des possibles d’autant plus significatif dans les pays où le manque de personnel et d’infrastructures de santé reste un défi majeur. L’innovation en santé digitale permet d’y répondre et est aujourd’hui en pleine expansion: en 2017, le nombre de services de mSanté (santé mobile) actifs en Afrique subsaharienne avait augmenté de plus de 58% par rapport à l’année précédente.

Organisations internationales, secteur privé, ministères, associations, fondations : la session Afrique de l’Université d’été de la e-santé rassemblait des représentants de secteurs aussi différents que complémentaires, qui ont contribué à la grande qualité des échanges.

Nous remercions le professeur Housseynou Ba, de l’OMS Afrique (responsable de la eSanté Afrique Francophone); le professeur Cheick Oumar Bagayoko, du Réseau en Afrique Francophone pour la Télémédecine (RAFT) ; Ralph Ankri, d’Orange Labs, Béatrice Garrette, de la Fondation Pierre Fabre; Kolia Bénié, d’Amref Health Africa France et Jean-Bernard Gramunt, du Ministère de l’Economie et des Finances.

Chacun a eu l’occasion de présenter ses projets – tous aussi enthousiasmants les uns que les autres ! – à l’œuvre dans les pays africains, mais il est très intéressant de voir que les intervenants se retrouvaient autour de constats communs. 

L’accent a notamment été mis sur le grand retard de l’espace francophone par rapport à l’espace anglophone en santé digitale. Seuls sept pays ont développé une stratégie nationale santé digitale en Afrique francophone (avec un faible niveau de mise en œuvre), contre une quinzaine en Afrique anglophone, pays qui disposent par ailleurs de soutiens et de financements plus développés car les fondations et banques de développement anglophones (ex. USAID, Fondation Gates, DFID etc.) ont été, jusqu’à aujourd’hui, beaucoup plus actives que les acteurs francophones.

Autre facteur important, la majorité de la littérature scientifique et technique est en anglais, limitant ainsi l’accès et la compétitivité de la zone francophone.

Dans ce contexte, chacun s’est accordé à dire que la santé digitale représentait justement une occasion majeure de créer et de développer de nouveaux échanges entre l’Afrique et la France.

Les expériences de certaines sociétés européennes et américaines sont inspirantes en la matière. Ces entreprises ont d’abord décidé de développer leurs produits dans les pays émergents ou en développement, car les besoins sur place sont tellement vitaux que les gouvernements instaurent volontiers un environnement favorable à leur implantation et à leur croissance (ex. adaptation réglementaire).

Ainsi, Zipline, société américaine, a choisi de démarrer le développement de son système de livraison de poches de sang par drone au Rwanda plutôt qu’aux Etats-Unis; Babyl, société britannique, a, de son côté, recensé plus de 2 millions d’utilisateurs (sur une population de 6,7 millions) en moins de deux ans sur sa plateforme de consultation au Rwanda, et Swasthya Slate, solution de diagnostics américaine, a décidé de développer son service en Inde, où le gouvernement s’est montré très réceptif à son implantation.

Certaines avancées technologiques et innovations françaises peuvent aussi être intéressantes pour les pays d’Afrique, mais l’innovation frugale du continent africain est également une source d’inspiration puissante pour la France, qui fait face à des contraintes de coûts. Dans cet esprit d’enrichissement mutuel, une discussion entre une startup africaine (Africa Cardiac Care) & une startup française (Efelya) a été animée par Samir Abdelkrim à Castres.

Les voix qui s’élevaient à l’unisson lors de la session le prouvent bien : en santé digitale, cette dynamique d’échanges entre la France et l’Afrique est primordiale, tout comme le besoin d’impulsion des pays d’Afrique francophone. C’est d’ailleurs une excellente nouvelle que le Ministère de l’Economie et des Finances français se soit récemment saisi du sujet par la co-construction d’offres exportables en Afrique, comme nous l’a exposé Jean-Bernard Gramunt. Cela consiste notamment à l’identification d’entreprises françaises capables de répondre aux besoins sur le continent, et d’entreprises locales susceptibles d’être des partenaires pour les entreprises françaises. L’initiative Digital Africa récemment lancée à Vivatech traduit également l’intérêt de renforcer les liens entre l’Afrique et la France dans le domaine du numérique.

Ces dynamiques ne font que renforcer l’idée d’un événement sur la santé digitale dans les pays d’Afrique francophone, qui est en discussion avec de nombreux acteurs, dont des institutions internationales, des entreprises privées, des banques de développement, ONG et fondations. Il se tiendra en toute probabilité fin 2019 et aura pour objectif de rassembler les forces et de mobiliser les gouvernements ainsi que les acteurs incontournables de l’écosystème.

Très bel été à tous !